The Magdalene Sisters

Un film de Peter Mullan, que selon les clichés en vigueur on pourrait appeler un film “coup de poing”, de ceux que tu te reçois dans le nez ou dans le plexus solaire et qui te choquent et te hantent plus tard. The Magdalene Sisters relate l’expérience de quatre jeunes femmes, même pas toutes jolies, même pas toutes fragiles, qui sont placées par leurs familles, à leur corps défendant, dans l’une des institutions gérées par des soeurs pour racheter les péchés des mécréantes ayant eu l’audace de se faire violer, d’avoir conçu un enfant hors mariage ou même d’avoir été trop jolies pour pouvoir être durablement protégées des assauts masculins.

Le parti pris du film est visible: il s’agit de choquer, de montrer dans sa nudité cette situation, sans en déguiser la violence ou la cruauté, d’autant plus frappante qu’elle est autorisée. En effet, les familles de ces filles perdues les regardent comme des “damaged goods”, des produits indéfiniment impropres à la consommation, pourris jusqu’à l’os et tout juste bons désormais à disparaître et à laver le linge d’autrui. Ramenées à une éternelle adolescence, amaigries et épuisées par les mauvais traitements et les humiliations, elles apprennent sous nos yeux à renier leurs corps, à les oublier, rendus anonymes par des uniformes informes qui tiennent de la housse de couette, oubliés et négligés jusqu’aux voeux de silence et à l’oubli de leur nom de baptême pour les plus malchanceuses, nettoyant sur le linge les traces du corps et de la vie intime des autres, ceux de l’extérieur.

Cela le film le montre: il ne néglige rien des scènes de nudité cruelle où le corps rappelé reste l’objet des punitions et des moqueries, où les esprits instables sombrent dans la folie, où les héroïnes restent toutes capables de basculer de la sympathie à la cruauté, volontaire ou non (en témoigne une scène où l’une des héroïnes les plus opaques, incarnée par l’émouvante Anne Marie Duff, se jette sur une de ses camarades et encourage les autres à la lyncher avec elle.)

Le plus cruel reste que cet asile des Magdalene sisters, refuge promis aux plus vulnérables, se révèle prison et asile de fous et de pervers, dont le dernier à travers le monde a fermé en Irlande en 1996, rendu obsolète tant grâce aux progrès de la machine à laver que par l’évolution des moeurs.

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About lechatsansqueue

Je suis couchée dans un plaid Bariolé Comme ma vie Et ma vie ne me tient pas plus chaud que ce châle Écossais Et l’Europe tout entière aperçue au coupe-vent d’un express à toute vapeur N’est pas plus riche que ma vie

One comment

  1. Cailin19

    Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai vu ce film, étant donné que j’ai choisi d’en faire l’objet de mon mémoire de master. Mais à chaque fois, la même rage, la même douleur et les mêmes larmes, en attendant la reconnaissance…

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