Mar Adentro – ou le tas de clichés que m’inspire un film qui en est dénué

Le titre de ce très beau film d’Amenabar signifie “La mer intérieure”, la Méditerranée peut être aussi que le marin Ramon Sampedro ne peut plus qu’imaginer, consigné dans son lit par un accident de plongée qui à vingt cinq ans lui a brisé la moëlle épinière. Ce film est l’un des seuls films qui ait réussi à me clouer devant lui jusqu’au bout, sans presque en détourner mon attention. C’est un film qui rive votre pensée à sa lumière, très particulière puisque l’on traite de la mort et du désir de mort par le seul biais qui semble convenir, la vie. Javier Bardem est un bloc de vie et de désir harassé par l’immobilité. Ses yeux sont extrêmement mobiles et expressifs, et malgré le lyrisme dégoûtant de ce que je viens d’écrire, le film reste relativement sobre dans ce registre, considérant son objet.

La famille de Ramon se rassemble autour de lui pour le nourrir, le changer, s’en occuper sans jamais faillir, avec cependant aucune hésitation à rappeler tant le sacrifice consenti que l’amour puissant qui a pu pousser à le consentir. Pendant trente ans, Ramon, ne pouvant bouger que la tête, a combattu pour son droit au suicide, puisqu’il estimait vivre une vie sans dignité. Le personnage confère à deux femmes qu’il rencontre un nouveau goût de l’existence- et ce n’est même pas la plus belle partie du film. Ce que j’ai préféré dans ce très beau voyage, c’est d’abord la façon dont le film arrive à suggérer un personnage très vivant, toujours en mouvement, créatif, poète, pêcheur, mais également plein de défauts. Malgré la bonté qu’il a su développer, Ramon n’est pas un saint: son visage souvent se fait dur quand au fil du film les femmes se rêvent en infirmière et projettent leurs fantasmes déçus sur son corps qui ne peut pas les violenter puisqu’il ne peut désirer.

Il y a pas mal de très belles choses, de très beaux silences dans ce film, un moment très émouvant sur la difficulté de transmettre les choses et sur la filiation, avec le neveu de Ramon, grand adolescent ingrat (vu également dans Etreintes Brisées, dans la même posture de garde malade) qui peine à comprendre les sentiments paternels que son oncle éprouve à son endroit. Le talent du film est de parvenir à être lyrique sans sonner faux, en s’appuyant sur d’excellents acteurs et sur un pivot sûr, Javier Bardem, dont le magnétisme rend pleinement justice à l’homme que semble avoir été Sampedro.

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Je suis couchée dans un plaid Bariolé Comme ma vie Et ma vie ne me tient pas plus chaud que ce châle Écossais Et l’Europe tout entière aperçue au coupe-vent d’un express à toute vapeur N’est pas plus riche que ma vie

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