Le principe de Frédelle

Le principe de Frédelle est un ouvrage d’Agnès Desarthe, un auteur qui, curieusement, tend vers le réalisme en matière d’ouvrages pour la jeunesse et réserve son art du conte à la littérature dite “adulte”. Il en résulte des contes cruels chargés d’un imaginaire riche – au sens premier : une multitude d’images très belles, qui habitent le lecteur d’une présence étrange, au détriment du sens général de l’intrigue et de la construction des personnages. Ici, Frédelle est un psychologue scolaire, confrontée à un jeune surdoué étrange, un père qui tient plutôt de l’ogre des Carpates, un veuvage mystérieux et une maison délabrée.

Un conte fonctionne à base d’archétypes : dans ce contexte, il est bien naturel que lesdits personnages ne soient que des caractères, des silhouettes découpées dans le tissu du texte et qui ne servent qu’à le renverser au bon moment dans la péripétie inattendue qui le consacre comme maître de l’étrange. Le texte donne parfois la sensation de se bercer de ses images sans essayer de convaincre son lecteur de ce qui est en train de se passer. Je suis très friande de ce genre d’illusion romanesque, mais Frédelle ne m’a pas emportée.

Le début est simple et émouvant. L’intrigue, à ce stade, est encore assez claire et le texte très beau. Agnès Desarthe excelle dans la description du vide intérieur mais surtout dans l’aspect physique du chagrin : le personnage tombe, s’écorche et se blesse dans la maison en lambeaux que lui a légué son étrange mari. On la suit dans sa tentative de trouver un conte à raconter à son petit surdoué, dans ses rendez vous à la banque. Pourtant, très vite, l’intrigue se dilue dans des tourbillons d’images aptes à égarer même les plus fanatiques du style au détriment du sens. Je me suis sentie laissée à la porte de cette histoire dans laquelle on ne pénètre jamais vraiment et à laquelle on n’a pas compris grand chose en refermant le livre.

 

“Comment pouvait-elle avoir l’idée d’utiliser le mot candeur? C’était la caresse la plus sophistiquée, la stimulation la plus farouche.”

“Avant même qu’elles se soient parlé, quelque chose s’était transformé dans la chimie de l’air. À peine et pourtant perceptible: il était devenu plus épais. L’air avait un goût de pêche mûre, il résonnait de gongs lointains et se réchauffait à hauteur des oreilles.”

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Je suis couchée dans un plaid Bariolé Comme ma vie Et ma vie ne me tient pas plus chaud que ce châle Écossais Et l’Europe tout entière aperçue au coupe-vent d’un express à toute vapeur N’est pas plus riche que ma vie

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